Comment entretenir et améliorer votre mémoire et votre intelligence

Par Marie-Paule Dessaint, Ph.D, auteure, conférencière et biographe

Extraits et table des matières du livre Le cerveau. Comment entretenir votre mémoire et votre intelligence (Éditions Broquet, 2019)

Tout le monde se plaint de sa mémoire, mais pas de son jugement. François, duc de la Rochefoucauld

Perdre (un peu) la tête?

La tête ? C’est le cerveau et l’intelligence.

Perdre la tête, c’est, d’après le dictionnaire, ne plus avoir toutes ses capacités mentales disponibles.

Nous sommes en effet nombreux à nous inquiéter des ratés de notre mémoire, surtout la cinquantaine passée, des difficultés croissantes à nous concentrer, à prendre des décisions, à analyser les événements avec objectivité ou à tempérer nos réactions impulsives.

Dans la majorité des cas, il ne s’agit que de problèmes bénins liés au vieillissement normal qui commence souvent dès la vingtaine.

Au quotidien, c’est notre mode vie qui peut être pointé du doigt, notamment

O les pressions et les sollicitations de toutes parts,

O l’habitude de tout faire dans la précipitation,

O des nuits trop courtes,

O la fatigue excessive,

O les difficultés personnelles

ainsi que les soucis de santé physiques et psychologiques, et particulièrement le stress et la dépression dont les ravages sur le cerveau sont incommensurables.

Perdre la tête, et carrément la vider et la rendre intellectuellement paresseuse, c’est aussi recourir de plus en plus à ces béquilles de mémoire et d’idées que sont les calculatrices, les GPS, l’accès ultra-rapide à toutes les informations, vraies ou fausses, disponibles en quelques clics sur Internet et les réseaux sociaux.

Ceux aussi qui cherchent à nous manipuler, à nous endoctriner et à nous exploiter

Enfin, perdre la tête, c’est laisser les autres manipuler à leur guise le contenu de notre mémoire et de notre intelligence dans le but d’y semer des idées, des croyances et des convictions, des peurs et des besoins qui ne sont pas les nôtres ou encore de faux souvenirs, sans vraiment chercher à nous défendre.

Il faut dire que nous n’en avons pas toujours le pouvoir puisque ce lavage de nos cerveaux se passe souvent à notre insu grâce à des techniques de manipulation bien au point. J’aime traiter ces gens et ces organisations de voleurs de mémoire et d’intelligence.

Et ils sont nombreux !

Cet ouvrage propose des outils, des conseils et des stratégies pour affronter ce monde en pleine effervescence, exigeant et bien souvent sans pitié, afin de ne pas le laisser nous imposer ses lois au point de nous détruire, parfois, à petit feu.

Les indispensables: esprit critique, maîtrise de soi, confiance en soi, flexibilité mentale…

L’esprit d’analyse critique, la maîtrise de soi et la confiance en soi, le jugement, la flexibilité mentale ainsi que l’autonomie sont quelques compétences pour y parvenir.

Ces compétences reposent sur un cerveau et un organisme en santé et bien entretenus !

J’ai aussi l’espoir, et même l’ambition que, par ricochet, ce livre puisse être utile aux enfants dont la vie est loin d’être un long fleuve tranquille.

C’est en effet très tôt au cours de la vie que la capacité d’attention et de concentration, tout comme l’esprit critique et la maîtrise de soi, se forment (ou se déforment) et déterminent en grande partie la réussite ou l’échec à l’école, puis au travail et dans la vie personnelle et affective. Faute de temps et de ressources, l’école ne leur enseigne pas toujours adéquatement.

Déjà, en 2011, dans un article intitulé « L’attention volée », le psychiatre et psychothérapeute Christophe André expliquait que des jeunes de 14 ans qui regardent la télévision trois heures ou plus par jour voient leur risque de présenter des troubles de l’attention augmenter de 50 % par rapport à ceux qui ne la regardent qu’une heure.

Pire encore, un jeune enfant extrêmement stimulé par des images rapides provenant de la télévision, des jeux vidéo, d’Internet et même de la publicité n’apprend pas à mobiliser son attention. Son esprit finit alors par avoir besoin de ces stimulants visuels pour lancer sa vigilance et son intérêt.

La mémoire et l’apprentissage reposent sur l’attention et la concentration

Or, la mémoire et l’apprentissage reposent sur la capacité d’être attentif et de se concentrer, tout comme sur un bon jugement, l’esprit critique notamment.

Au troisième chapitre, là où je traite de la capacité d’attention préalable à tout apprentissage, je raconte une expérience menée auprès d’enfants de quatre ans, à l’aide d’un simple caramel ou d’une guimauve. Ce moyen de tester leur capacité d’inhibition cognitive, en fait la maîtrise de soi, a permis de déterminer, grâce à une étude longitudinale, comment ceux qui n’ont pas résisté à l’attrait de cette friandise se sont comportés à l’école, puis dans leur vie professionnelle et personnelle. Moins bien, bien sûr, que ceux qui ont su y résister quelques minutes.

Des psychostimulants inutiles à l’école, l’université et au travail

Au moment où je terminais cet ouvrage, une lettre ouverte publiée par 48 experts québécois, dont 42 pédiatres, nous est tombée sur la tête comme une bombe à retardement, le 31 janvier 2019, à propos de la sur-prescription de psychostimulants et d’antidépresseurs aux enfants. Cela était prévisible et il était plus que temps d’en parler ouvertement.

Depuis plusieurs années déjà, des médias avaient commencé à s’inquiéter de ce phénomène en expansion. Par exemple, au printemps 2015, on pouvait lire dans le Magazine des diplômés de l’Université de Montréal (p. 38, section Flash Recherche) que, depuis 1992, ce phénomène avait crû de 542 % sur les campus américains.

Nous verrons au premier chapitre, à propos des amplificateurs cognitifs, que des étudiants et des adultes d’ici et d’ailleurs consomment de tels psychostimulants même s’ils n’ont pas de problèmes cognitifs, afin de mieux « performer » pendant leurs études et au travail pour répondre à toutes ces exigences qui leur sont imposées… ou qu’ils s’imposent eux-mêmes.

C’est un peu pour cela que les 48 experts québécois ont appelé à un examen de conscience de toute la société qui se tourne trop facilement vers des médicaments, dont le Ritalin et les antidépresseurs, pour régler les problèmes de certains enfants qui « dérangent » l’ordre établi.

Environ 14% des jeunes Québécois, âgés de 10 à 17 ans, sont carrément « drogués » au Ritalin, surtout à la demande du réseau scolaire, puis des parents qui n’ont pas toujours le choix qui, à leur tour, font pression sur leur médecin, afin de rendre leurs enfants moins turbulents, moins hyperactifs, moins anxieux et parfois aussi moins agressifs.

En fait, je me demande si ces jeunes ne sont pas carrément les victimes collatérales du mode de vie que la société impose aux adultes responsables de leur éducation.

Dans cette même lettre, nous apprenions qu’en 2016-2017, 29 % des élèves du secondaire souffraient de détresse psychologique et que 23 % (27 % des garçons) prétendaient avoir un TDAH confirmé par un médecin. (Les données exactes et complètes se trouvent dans les références à la fin de ce chapitre.)

Quelques semaines plus tard, ces pédiatres ont publié une deuxième lettre dans laquelle ils proposaient des solutions à ce fléau : 30 à 45 minutes d’exercices quotidiens, deux récréations de 20 minutes, réduction du temps passé devant les écrans, télévision, tablettes, etc., comme s’ils venaient de trouver enfin la recette magique que nous, les (vraiment) plus vieux, avons connue dans notre jeunesse…

Les enfants: des victimes collatérales du mode de vie trop rapide des adultes? 

Des écoles ont déjà tenté d’empêcher leurs élèves d’utiliser leur téléphone intelligent pendant la journée afin qu’ils puissent échanger entre eux notamment, mais elles se sont heurtées à l’insatisfaction de certains parents qui voulaient pouvoir communiquer avec leurs enfants en tout temps.

D’autres éducateurs trouvent trop exigeant et trop long d’avoir à habiller les petits, surtout l’hiver, afin qu’ils puissent aller jouer dehors…

Regardez, à la page 56, comment un papa est parvenu à faire passer son jeune fils de cancre à premier de classe, ou encore, à la page 61, ce que j’ai écrit à propos des écoles et de la méthode Arrowsmith ! Élémentaire, non ?

Mais, bien sûr, pas toujours aussi simple à mettre en pratique.

Cerveau, mémoire et intelligence

La plupart des livres qui traitent de la mémoire oublient l’intelligence, alors que mémoire et intelligence sont interdépendantes.

C’est en effet grâce à notre mémoire que nous pouvons lire, écrire, accumuler des connaissances, nous repérer dans l’environnement, rêver, exercer notre créativité et faire des calculs. La mémoire définit aussi notre identité.

Seule, cependant, elle ne nous permet pas de nous adapter au changement, de penser de façon abstraite, de comprendre des idées complexes, d’exercer notre esprit d’analyse critique, de résoudre des problèmes, de planifier des actions, de donner un sens aux choses, d’anticiper les conséquences de nos actions ou encore de nous sortir de difficultés.

Ces fonctions cognitives sont liées à l’intelligence bien qu’elles fassent appel à plusieurs de nos mémoires.

L’indispensable esprit d’analyse critique

L’esprit d’analyse critique est si essentiel pour survivre dans ce monde de plus en plus complexe et dangereux intellectuellement, mentalement et même pour notre santé qu’à lui seul il est l’objet du second chapitre.

Il s’agit, en gros, de l’art d’utiliser notre raison pour analyser les idées qui nous sont soumises et les injonctions qui nous sont imposées, en plus, et peut-être surtout, de débusquer les manipulateurs et les gens malhonnêtes.

Avoir l’esprit critique, c’est aussi surveiller nos propres contradictions et nos erreurs de jugement.

Je préfère l’expression « esprit d’analyse critique » à celle « d’esprit critique » qui signifie pourtant la même chose, mais dont le sens, pris au premier degré, est trop proche de l’habitude déplaisante de critiquer pour critiquer, de porter des jugements, sans aucun fondement, sans justification et sans aucune considération pour les idées des autres.

Dans l’article intitulé « 5 stratégies pour booster votre esprit critique » nospensees.fr du 22 mai 2018, l’auteur rapporte une étude du département de psychologie de l’Université de Cambridge qui mentionne qu’au-delà du coefficient intellectuel et au-delà d’avoir une haute intelligence, ce qui pourrait vraiment améliorer notre vie c’est d’avoir une bonne pensée critique.

Vous pourriez aimer lire aussi ces articles sur la mémoire 

Stratégies et conseils pour une mémoire vive, alerte et heureuse

Entretenir sa mémoire: des effets secondaires puissants

Table des matières

INTRODUCTION. Perdre (un peu) la tête?

Cerveau, mémoire et intelligence

O Des compétences essentielles pour 2015?

À propos des troubles cognitifs légers et normaux ou signes d’Alzheimer

O Quelques mots sur l’hippocampe

O Comment détecter (suspecter) soi-même la maladie d’Alzheimer?

Comment mieux retenir les informations essentielles d’un texte

Votre première pause-synthèse-défi

CHAPITRE 1. Vieillissement et mode de vie nous font perdre (un peu) la tête

Le vieillissement cognitif normal: ça commence dans la vingtaine

O Mémoire et intelligence au fil du temps

Les voleurs de mémoire au quotidien

O Ne pas savoir où donner de la tête

O Les béquilles de mémoire et l’engouement pour les technologies

O La routine, les habitudes et les automatismes excessifs

O Les techniques de mémorisation inappropriées

O Les pensées, les paroles et les croyances à propos de votre mémoire

O La santé, la maladie et les médicaments

      Le stress, la dépression et le sentiment d’insécurité

      La maladie et plusieurs médicaments

      À propos des médicamenta anticholinergiques

      Que penser des amplificateurs cognitifs?

      Et l’anesthésie générale?

Bonne nouvelle! Le cerveau est plastique, malléable et réparable!

O Quelques exemples de neuroplasticité

O Des écoles «neuroplastiques»

Votre pause-synthèse-défi

CHAPITRE 2. L’esprit critique: la tête sur les épaules

Le principe de réalité

Les faux souvenirs

O Nos propres faux souvenirs. Ce n’est pas si grave!

O Les faux souvenirs induits par des thérapeutes

Mensonges et manipulations: faire de nous des pantins?

Des journalistes pris pour cibles

… et des chefs d’état qui mentent

Pourquoi et comment nous laissons-nous berner et manipuler

O Affiner notre esprit critique pour survivre dans la jungle du faux

O Avez-vous l’esprit suffisamment critique?

O À propos des trolls

CHAPITRE 3. Les chemins de la mémoire: des yeux à la tête

Le processus de mémorisation

O La mémoire sensorielle (perceptive)

O L’inhibition cognitive

O L’attention et la concentration

O La mémoire à court terme et la mémoire de travail

     Les fonctions exécutives au service de la mémoire de travail

O Comment explorer votre mémoire sensorielle

O  Comment améliorer votre capacité d’inhibition cognitive et résister aux interférences

O Comment mobiliser vos capacités d’attention et de concentration

     Privilégiez l’écriture manuscrite

     Osez expérimenter les battements (sons) binauraux

     Mangez, dormez, méditez et faites de l’exercices physique

Comment améliorer votre mémoire de travail

Détour par la métacognition : savoir si l’on sait et détecter nos propres erreurs

CHAPITRE 4. La mémoire à long terme: une tête bien pleine

La mémoire à long terme explicite (déclarative)

La mémoire épisodique

O Des cartes cognitives plein la tête

O Comment renforcer vos cartes cognitives

O L’importance de l’imagerie mentale et de la visualisation

O Comment préserver votre mémoire épisodique

O L’évocation du passé pour raviver la mémoire

Comment préparer un discours avec la méthode des loci

La mémoire sémantique

O Comment entretenir et améliorer votre mémoire sémantique

Comment vous souvenir des noms et des prénoms

Si vous devez apprendre quelque chose par cœur

La mémoire à long terme implicite

O Comment entraîner et améliorer votre mémoire implicite

CHAPITRE 5. Voyage au centre de la tête

Les neurones

Les passeurs d’informations: les neurotransmetteurs

Le système nerveux: du centre à la périphérie

Les hémisphères cérébraux: coopératifs et compétitifs

O Comment rendre vos hémisphères cérébraux plus coopératifs

O Comment faire des mouvements croisés

O Comment construire des cartes heuristiques

Le système limbique. Urgences, survie, automatismes, mémoire et neurogenèse

O Il se charge de notre survie

O Il résiste au changement

O L’hippocampe: mémoire, navigation spatiale et neurogenèse

CHAPITRE 6. L’intelligence: la tête en action

Une définition de l’intelligence: la déclaration des 52

O Un modèle simplifié de l’intelligence

O Les chemins de l’intelligence

O Quotient émotionnel et quotient intellectuel

O Avez-vous un bon quotient émotionnel?

O Quelles sont les particularités de votre intelligence?

CHAPITRE 7. Une tête bien faite dans un corps en santé

Journée type d’une tête en santé: nourriture et lumière au menu

Dormir: la tête sur l’oreiller et dans les étoiles

Quand l’exercice vous monte à la tête

Méditer: un tête-à-tête avec soi parfois risqué

CONCLUSION. Retrouver sa tête: indiscipline et discipline

 

Livres préparer sa retraite et entretenir sa mémoire

Articles, livre et formations sur la mémoire et l’intelligence

La peur d’échouer bloque l’apprentissage

Comment détecter (suspecter) soi-même la maladie d’Alzheimer

Livre Le cerveau. Comment entretenir votre mémoire et votre intelligence

Cours et conférences sur la mémoire et l’intelligence

Cours, conférences et consultations privées sur la préparation et l’adaptation à la retraite 

Des clients (organisations, bibliothèques, etc,) qui m’ont fait confiance

 

 

 

 

 

2 Comments

  • MD Renault
    Posted 11/10/2019 01:08 0Likes

    Bonjour,

    L’introduction de votre livre présente des sujets fondamentaux qui me préoccupent au quotidien pour moi même et pour mon entourage.

    J’ai hâte de le lire et d’y découvrir des trésors de renseignements, d’explications et de solutions pour améliorer ma qualité de vie.

    Merci à vous

    • Marie-Paule Dessaint
      Posted 11/10/2019 10:21 0Likes

      Merci beaucoup!

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