Le mitan : un révélateur, une opportunité, une proposition de la vie

Par Marie-Paule Dessaint, Ph.D., auteure, conférencière et biographe

Extrait de Relire sa vie. 21 récits pour vous guider, p. 49-50

J’ai réalisé, vers la fin de la trentaine, que bien des gens autour de moi vivaient de grandes remises en question et de grands changements, d’un point de vue personnel et professionnel. À cette période, on examine où l’on en est dans notre vie, si nous sommes heureux et si nous souhaitons poursuivre de cette façon ou apporter des changements. En fin de compte, on amorce, au début de la quarantaine, une nouvelle phase de notre vie avec une meilleure définition de qui nous sommes vraiment et de comment nous voulons vivre sur la route qui nous mène à la retraite. (Annie, 40 ans)

Une crise au milieu de la vie?

Le mot crise, du reste, n’est ainsi employé que dans son contexte évolutif, non point pour désigner une menace de catastrophe, mais un tournant, une période cruciale de vulnérabilité accrue et de potentialités accentuées. Erik Erikson 

Le mot crise n’annonce pas forcément une catastrophe, une dégradation, une perte, une menace, un danger ou un renoncement.

Il s’agit d’une rupture d’équilibre psychologique, social et parfois aussi physique, qu’il convient de rétablir.

C’est aussi, selon certains auteurs, une brisure, une fracture, une perte de sens, une perte de direction, une période de confusion, un passage, une transition, un besoin de rajustement de sa vie, un changement profond nécessaire.

Le mitan: un révélateur de ce qui était invisible ou contenu jusque là

L’adulte fait ce que les adultes font dans «l’imaginaire collectif». Ils travaillent, élèvent des enfants, prennent des engagements, et s’y tiennent. Mais comment en arrive-t-on là? Est-il possible de mener, comme un homme, une carrière et une vie familiale équilibrée, sans tensions ni souffrances, sans sentiment d’abandonner constamment, soit les enfants, soit le boulot, et sans conflit latent avec son conjoint? Pour l’instant, ma réponse est non! Pas sans souffrances ni conflits. (Clara, 40 ans)

Dans La crise du milieu de la vie, Françoise Millet-Bartoli explique bien le lien, ou plutôt l’absence de lien dans la plupart des cas, entre les problèmes psychiques qui affectent une personne et la crise du mitan.

D’après cette psychiatre, le mitan n’est absolument pas la cause de ces problèmes, mais plutôt un révélateur de ce qui était invisible ou contenu jusque-là.

Je crois, pour ma part, qu’il est aussi un accélérateur.

Françoise Millet-Bartoli ajoute que certaines maladies psychiques peuvent survenir tardivement, à cette période, sans être causées par le mitan.

La maladie maniaco-dépressive ou l’hypocondrie (qui naît dans l’enfance) en sont des exemples.

Inversement, certaines manifestations pathologiques peuvent s’apaiser à cette période de la vie.

Le déclenchement d’une crise au mitan dépend de tellement de facteurs qu’il est difficile de deviner si elle nous touchera et, dans l’affirmative, jusqu’à quel point.

Une fois débarrassés de certaines entraves (personnelles, professionnelles, affectives et matérielles) qui les tenaient carrément prisonniers, bien des gens se sentiront d’ailleurs mieux qu’avant.

Certains s’engageront quand même dans une thérapie, histoire de se faire accompagner pendant cette période de grande réflexion.

Enfin, ce n’est pas parce qu’une personne de notre entourage est confrontée à une crise profonde que cela nous arrivera aussi.

Une crise, une transition de vie turbulente, c’est aussi et surtout une opportunité, une décision à prendre entre plusieurs options, entre plusieurs propositions que la vie nous fait. Une évolution vers quelque chose de nouveau.

Révéler le meilleur en nous

La résolution de ces difficultés du mitan de la vie révèle souvent ce qu’il y a de meilleur en nous :

O un esprit combatif, un leadership inconnu,

O de l’intérêt pour les autres, notamment le désir de les écouter et de les aider,

O une débrouillardise insoupçonnée, la capacité d’analyser une situation avant de prendre des décisions,

O l’acceptation de soi et des autres,

O la volonté de compenser les pertes par d’autres qualités et intérêts (par exemple, la perte de la beauté et la jeunesse par le charisme et l’humour).

Il faut donc se donner le droit, le temps et les moyens de vivre à fond chacune des crises que l’on traverse tout en prenant bien soin de se protéger physiquement, mentalement et affectivement durant la traversée ou la tourmente.

Un peu comme le homard au moment de sa mue, qui devient plus vulnérable le temps que sa carapace se reforme, nous devenons plus fragiles lors d’une transition de vie.

Nous nous débarrassons de certaines carapaces devenues trop étroites et de certains masques sociaux devenus trop lourds à porter.

Le temps de nous reconstruire, il vaut donc mieux éviter de nous précipiter, sur un coup de tête ou de cœur, dans des situations qui peuvent nous rendre plus vulnérables encore : déménager, se séparer, quitter son emploi… Il faut se consolider avant.

Le mitan? C’est un peu comme le mois de septembre, il y a encore de la chaleur, les journées sont encore belles, mais les couleurs commencent à changer, annonçant  une nouvelle étape. Ce changement nous effraie, nous angoisse. Il y a une certaine beauté, mais on sait que le feuilles vont tomber d’un moment à l’autre. (Paola, 45 ans)

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