Voici quelques conseils et stratégies pour franchir les transitions de vie: santé, séparation, retraite…

Par Marie-Paule Dessaint, auteure, conférencière et biographe

La résistance au changement n’est que le refus de la croissance (Alexander Ruperti)

Qu’est-ce qui distingue le changement d’une transition de vie, même si les deux sont souvent liés? Et cela surtout si le changement n’est pas vraiment souhaité? Voici quelques pistes de réflexion et d’action pour se donner le maximum de chances de réussir ce grand voyage.

Changer, c’est, par exemple, choisir de déménager, vouloir un meilleur emploi, se marier, quitter une relation qui nous emprisonne ou encore modifier certaines habitudes : fumer, se mettre en colère, manquer d’autonomie. Lorsque le changement est choisi, même si la transition vers un nouvel équilibre (l’adaptation) peut sembler difficile, puisqu’elle met la vie et les habitudes sens dessus dessous, elle porte en elle beaucoup d’espoir et d’enthousiasme, voire de fierté et d’estime de soi.

Lorsque le changement est imposé, par exemple lors d’un congédiement, du deuil d’une personne aimée ou l’annonce d’une maladie qui hypothéquera le reste de nos jours, les choses sont bien plus difficiles. Il faudra alors passer par quelques turbulences avant de s’adapter au changement. La transition est bien plus douloureuse. Elle pourra alors s’accompagner de sentiments et d’émotions difficiles : injustice, rejet, inutilité, abandon, culpabilité, apitoiement sur soi-même, déception, amertume et solitude.

La transition c’est en fait cette voie de passage obligé vers l’acceptation et l’intégration d’un changement dans notre vie. Contrairement au changement proprement dit, qui est extérieur à soi, ce processus est interne, psychologique et subjectif. La transition ne doit donc pas être escamotée ou abrégée, sous aucune prétexte, car le changement risque alors de nous rattraper un jour ou l’autre.

Tout devra être recommencé. Bien des difficultés au sein des organisations, des familles, des couples ou lors de la réalisation de projets s’expliquent d’ailleurs par des transitions qui ont été mal négociées ou escamotés au préalable.

Changer, transiter et s’adapter

Dans son ouvrage Les transitions de vie, William Bridges divise le changement en trois phases.

La fin. C’est le changement proprement dit, le détachement, le départ pour le grand voyage.

La zone neutre. C’est la transition, l’entre-deux, avec son lot d’incertitudes et de difficultés.

L’adaptation. C’est l’intégration du changement dans notre vie, l’arrivée à destination et un nouveau départ.

Conseils pour s’engager dans un changement: la fin

Le moment est venu de se jeter à l’eau, de se détacher et de quitter notre zone de confort et de sécurité. Il faut parfois aussi abandonner des lieux et des visages familiers, des rêves et des ambitions. Déséquilibre, bouleversement, fébrilité, espoir et inquiétude font souvent partie du voyage. Le changement est préoccupant et exige beaucoup d’énergie, surtout si l’on se sent seul et dépassé par les événements.

 Avant de vous lancer à l’aventure, il est bon, parfois, de préciser par écrit ce qui vous pousse à changer, ainsi que vos ressources pour y parvenir : forces, talents, valeurs, compétences et aide extérieure dont vous disposez.

  Évaluez rationnellement la situation, fixez-vous des objectifs précis et établissez un plan d’action.

 Soyez au clair à propos des résistances qui risquent de vous bloquer.

Ce petit travail préalable pourra être bien utile à revoir pendant les périodes de doute et de désenchantement lors de la zone neutre (la transition) et lorsque le changement sera achevé.

Conseils et stratégies pour bien négocier la zone neutre

Cette période est plutôt déstabilisante, car, tout en nous efforçant de renoncer à nos anciennes façons de faire les choses, il s’agit, en même temps, d’en trouver de nouvelles, de préparer l’avenir, de poser des jalons, de prendre des décisions et de trouver d’autres repères.. Détachés du passé (les raisons du changement), nous ne sommes pas encore attachés au présent, notamment sur le plan émotif.

La motivation sera mise à dure épreuve par toutes sortes de justifications rationnelles, une prudence exagérée, la peur de l’opinion d’autrui ou encore l’attrait pour d’autres projets de changement plus faciles ou plus agréables.

Certains attendront même que quelqu’un prenne les décisions à leur place. La confusion, la fatigue, l’angoisse et l’irritabilité seront parfois aussi du voyage, tout comme des problèmes de santé associés au stress du changement: sommeil perturbé, problèmes de mémoire et symptômes psychosomatiques…

Ces hésitations sont saines et normales puisqu’elles permettent d’éviter de commettre des erreurs, mais elles peuvent aussi pousser faire traîner les choses en longueur au risque de les voir avorter.

  Le changement doit s’appuyer sur un socle solide. Préoccupez-vous avant tout de votre bien-être physique, psychologique et matériel. Maintenez-vous en forme physique, dormez suffisamment et ne vous mettez pas financièrement en danger.

 Évitez de solliciter l’avis de votre entourage, car certaines personnes pourraient agir sur vous comme des éteignoirs en vous poussant à rester dans votre ancienne vie et vos anciennes habitudes, souvent dans leur propre intérêt. Ces personnes pourraient même vous amener à douter de vous.

 Si vous vous sentez dépassé par les événements, et déstabilisé, n’hésitez pas à vous faire accompagner par une personne spécialisée dans les transitions de vie. Cette personne vous permettra de discuter ouvertement et en toute confiance de votre projet et de le faire murir, sans vous juger ni vous dire quoi faire. Elle vous invitera à confronter vos résistances et vous faire sortir de votre zone de confort afin de vous mettre rapidement en action.

 Ne précipitez toutefois pas les choses sur un coup de tête parce vous n’en pouvez plus d’attendre, sans savoir comment votre vie sera à destination : faire marche arrière, démissionner, déménager dans un endroit qui ne vous convient pas, quitter l’autre et parfois aussi, pour certaines personnes désespérées, penser mettre fin à leurs jours.

Après quelques turbulences, c’est le moment de l’intégration du changement: l’adaptation. Conseils pour la réussir

L’adaptation, c’est l’arrivée à destination; l’intégration du changement dans notre vie. C’est le commencement. Un nouveau départ. Les doutes, les frustrations et les inquiétudes cèdent maintenant la place à l’espoir, au soulagement, à l’enthousiasme, à la satisfaction et souvent aussi à la fierté de soi.

Tout à coup, toutes les possibilités, toutes les propositions que la vie a faites deviennent réalité. Les avantages l’emportent sur les inconvénients et les risques sur les résistances et les blocages. Les obstacles sont tombés. L’avenir semble plus serein même s’il faut parfois encore y consacrer du temps et des énergies. Le changement s’intègre peu à peu à la vie.

 Dressez un dernier bilan afin de vérifier notamment si le changement s’est opéré de façon satisfaisante, si l’écart entre la situation de départ et la situation envisagée s’est comblé. Relisez tout ce que vous avez mis par écrit à la première étape.

 Vérifiez si vous devez encore agir pour achever le changement.

Cet article est adapté en grande partie de mon livre Cap sur la retraite. 25 points de repère pour franchir les transitions.

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