Travailler à la retraite. À quoi s’attendent les employeurs?
«Nombre de recruteurs préfèrent embaucher des jeunes plus malléables que des vieux aux idées arrêtées»
Par Marie-Paule Dessaint, docteure en sciences de l’éducation, auteure, conférencière et biographe
Cet article fait suite à celui-ci: Si vous voulez ou devez travailler à la retraite, voici un portrait de la situation (voir le lien plus bas)
Nombre de recruteurs embauchent presque exclusivement des jeunes. On préfère un jeune de 25 ans sorti d’une école d’ingénieur, vif et malléable, à un vieux aux idées arrêtées, à la cervelle lente et au rendement affaibli. Et pourtant, les neurosciences montrent que les cellules grises âgées ne travaillent pas forcément moins bien et feraient même mieux dans certains cas
Cette citation, extraite de l’article Le retour des seniors, du magazine Cerveau & Psycho (2006) par Michael Falkenstein et Sascha Sommer, des chercheurs de l’Institut de physiologie de Dortmund, en Allemagne, montre à quel point les préjugés et les clichés sont tenaces lorsqu’il est question d’engager des travailleurs âgés, même dans la cinquantaine.
Bien sûr, depuis ce temps, les mentalités ont (un peu) évolué.
Aujourd’hui, ils sont d’ailleurs de plus en plus recherchés en raison de la pénurie de main-d’œuvre dans de nombreux secteurs.
L’intelligence fluide des plus jeunes et l’intelligence cristallisée des plus âgés
Des études comparant les compétences cognitives des plus âgées à celles de leurs cadets montrent que les entreprises devraient tirer parti des forces des uns et des autres

L’intelligence fluide des jeunes travailleurs et l’intelligence cristallisée de leurs ainés
L’intelligence fluide est l’intelligence des jeunes
Elle regroupe les capacités de raisonnement et de logique : la réflexion pure.
En voici les principales : la formulation de concepts, le raisonnement, la compréhension des relations entre les objets et les idées, ainsi que les capacités de résoudre des problèmes, de réagir et de s’adapter rapidement aux situations inédites, de passer rapidement d’une tâche à l’autre, de s’orienter facilement dans un endroit inconnu ou encore de traiter plusieurs informations en même temps.
L’intelligence fluide est innée et ne dépend pas de l’apprentissage, des connaissances acquises ou de la culture d’une personne.
Elle s’érode au cours du vieillissement alors que l’intelligence cristallisée prend peu à peu la relève afin de compenser notamment la perte de rapidité.
L’intelligence cristallisée est l’intelligence des plus âgés
Elle s’acquiert, grâce à l’intelligence fluide, par l’accumulation de connaissances, de capacités, d’expériences et de stratégies personnelles qui permettent de se débrouiller en (presque) toutes circonstances.
La compréhension, le langage, la richesse du vocabulaire et les capacités de lecture se trouvent également au cœur de l’intelligence cristallisée qui s’accroît tout au long de la vie et se maintient assez bien malgré le vieillissement.
Le jugement devient aussi plus nuancé et aiguisé et les priorités sont mieux cernées.
Qualités, forces et quelques «travers» des travailleurs à l’âge de la retraite
La grande majorité des travailleurs plus âgés présentent ces caractéristiques, en plus de l’intelligence cristallisée mentionnée plus haut.

Les retraités au travail sont consciencieux et disponibles, ont le sens de l’engagement…
Ils…
– ont un bon sens des responsabilités et de l’engagement
– sont efficaces, disponibles, consciencieux, persévérants
– sont fidèles à leur entreprise qui peut compter sur eux en cas d’urgence ou d’échéances serrées
– sont patients avec leurs clients et comprennent bien leurs besoins
– sont rarement absents puisque leur famille est déjà élevée, à moins que leurs parents âgés aient besoin d’aide, contrairement aux plus jeunes qui ont des enfants
– ont tissé un réseau de contacts et de références dans leur domaine (dans le cas des professionnels) ; un atout de taille pour leur employeur.
Ils peuvent aussi devenir de bons mentors pour les jeunes employés qui manquent d’expérience, en plus de commettre parfois des erreurs en voulant accomplir une tâche trop rapidement sans l’analyser en profondeur.
Cependant, on peut parfois reprocher à certains retraités au travail…
– de moins bien s’adapter au changement que les plus jeunes
– de ne pas toujours bien maîtriser les outils informatiques
– de prendre un peu plus de temps pour acquérir de nouvelles connaissances et compétences
– d’être plus rigides et moins dynamiques
– de préférer travailler avec des collègues de leur âge
– de s’attendre à un minimum de politesse et de savoir-vivre à leur égard.
À quoi s’attendent les employeurs avant d’engager un retraité?
Les nouveaux emplois exigeront une palette spécifique où le savoir-faire technologique, la capacité à résoudre des problèmes et l’esprit critique devront s’accompagner d’aptitudes liées au savoir-être, comme la persévérance, la collaboration et l’empathie. – Jim Yong Kim

Les retraités au travail: les compétences que les employeurs attendent d’eux
Ils doivent être…
– parfaitement compétents dans leur domaine et avec des aptitudes au-dessus de la moyenne, notamment lorsqu’ils doivent accomplir des tâches manuelles
– dynamiques, créatifs, motivés, flexibles et sociables (esprit d’équipe)
– capables de s’adapter rapidement aux changements
– en bonne santé physique et psychologique
Lorsqu’un travailleur âgé n’est pas choisi, ce n’est pas toujours parce qu’il ne satisfait pas à tous ces critères, mais plutôt parce que l’employeur cherche à équilibrer la pyramide des âges dans son entreprise.
Ou encore parce qu’il ne veut pas lui offrir une formation de mise à jour ou lui accorder le salaire qu’il exige.
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