Par Marie-Paule Dessaint, auteure, conférencière et biographe

La rumination s’apparente à une tentative erronée de résolution de problème. Votre état dépressif vous dicte d’essayer de savoir pourquoi vous vous sentez mal. Mais la rumination ne fonctionne pas : vous finissez par essayer de venir à bout de votre dépression en ressassant les mêmes questions et en cherchant des réponses à l’intérieur du problème. Rob Willson et Rhena Branch

Nous endormir, nous réveiller la nuit et le matin en ressassant nos soucis et nos difficultés finit par les transformer en véritables monstres, car ils nous empêchent non seulement de dormir, mais aussi et surtout de nous mettre en action pour les résoudre. Pour s’endormir, il faut laisser le sommeil venir à soi. Mais comme celui-ci attend toujours que tout soit calme au-dedans et au-dehors avant d’arriver, il enverra plutôt madame Insomnie nous tenir compagnie en attendant que ces conditions soient remplies et que le tapis rouge soit enfin déroulé pour l’accueillir.

Perdre son temps et ses énergies

En ruminant, vous perdez votre temps et vos énergies à revenir et à revenir encore et encore sur les causes de vos difficultés, à vous culpabiliser, à vous faire des reproches (ou aux autres) et à envisager les pires scénarios et leurs conséquences, au lieu de les réserver à la recherche de solutions à vos problèmes.

Je compare souvent les ruminations à un vieux disque usé, rayé et dépassé que l’on se repasse et se repasse encore, faute d’avoir trouvé mieux ou plus intéressant. En faisant ainsi du surplace… tout en tournant en rond, vous ne pouvez que vous enliser davantage. L’anxiété, la dépression, la boulimie et les accoutumances n’attendent que ça pour se manifester et pour durer.

Le discours ambiant qui rend les pensées tristes et négatives

Il y a quelque temps, j’ai lu un article plutôt intéressant dont je n’ai malheureusement plus la référence. L’auteur s’appuyait sur les travaux du sociologue Robert K. Merton pour expliquer que le discours médiatique ambiant, dans tous les domaines, a un impact direct sur une aire de notre cerveau, le cortex cingulaire antérieur. Cette partie du cerveau permet d’équilibrer la raison et les émotions. Il ajoutait que si le discours ambiant (celui des médias et le nôtre) ne cesse d’être pessimiste, négatif ou catastrophique et si, en plus, nous ne comprenons pas bien ce qui se passe, plus alors nous nous fixons sur le négatif et accordons davantage de crédibilité à nos scénarios catastrophiques. Intéressant, non?

Les gens de notre entourage qui passent leurs journées à parler de leurs malheurs et de ceux des autres, de leurs maladies, de leurs bobos, du mauvais temps et de toutes les catastrophes qui pourraient arriver devraient être plus prudents dans leurs propos! On comprend (presque) pourquoi le malheur les poursuit ainsi partout.

En revanche, lorsque nous baignons dans une ambiance positive et optimiste, notre cortex cingulaire transforme nos pensées (forcément positives) en émotions agréables. Notre système parasympathique (lire la page 186) se met de la partie et, en prime, le taux de sérotonine, l’hormone du bien-être, augmente.

En résumé

Chacun de nous devrait s’efforcer d’exercer son esprit critique afin de séparer les risques réels de ceux qui sont imaginaires, autant à propos des nouvelles qui nous sont rapportées par les uns et les autres qu’à propos de nos propres problèmes (santé, finances) ou des conséquences de nos insomnies.

Quand des pensées négatives vous attaquent, demandez-vous ceci…

Dans un article traitant des états d’âme, le psychiatre Christophe André (1) suggère de vous poser les questions suivantes lorsque les pensées négatives se bousculent dans votre tête.

  • Que se passe-t-il en moi?
  • Qu’est-ce qui ne va pas?
  • Pourquoi cet inconfort?
  • Que puis-je changer?
  • Que dois-je accepter?

Il faut ensuite passer à autre chose. Si les états d’âme négatifs reviennent, le travail d’introspection doit être poursuivi immédiatement ou plus tard dès que l’esprit est plus calme et plus au clair.C’est d’ailleurs ce type de questions qu’un coach vous posera lorsque vous lui parlerez de vos soucis, surtout les deux dernières questions, car elles vous incitent à vous mettre en action pour résoudre vos problèmes au lieu de vous appesantir sur eux. Sans but et sans un plan d’action pour l’atteindre, rien de constructif ne peut se passer.

(1) Christophe André (2009), « Que nous disent nos états d’âme », dans Cerveau et psycho, no 32, mars-avril 2009, p. 28 à 33. Lire aussi Christophe André (2009), Les états d’âme. Un apprentissage de la sérénité. Paris : Odile Jacob. D’après l’auteur, les ruminations (ou états d’âme circulaires) sont la principale « maladie » des états d’âme.

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