Lorsque j’ai proposé à Daniel Cyr de publier son «portrait de retraité», il ne souhaitait pas vraiment dresser l’inventaire de toutes ses occupations et activités: bénévolat, cinéma, tennis, golf, natation, quilles, matchs du Canadien de Montréal. Il voulait simplement parler de sa vision de la retraite; de ce désir de demeurer actif, curieux, passionné et ouvert sur le monde.
J’ai un peu insisté pour qu’il nous parle de son bénévolat. Vous verrez pourquoi à la fin de cet article.
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Daniel Cyr: La retraite n’est point une fin…
La retraite, à mes yeux, n’est point une fin. Elle est une métamorphose. Elle n’est pas ce crépuscule où l’homme s’assied pour regarder mourir le jour, mais cette heure étrange et magnifique où, délivré des chaînes de l’horloge, il découvre soudain que le temps lui appartient enfin
Car durant une grande partie de notre existence, nous prêtons nos heures au devoir. Nous les donnons au travail, aux obligations, aux nécessités de chaque jour. Puis vient un matin où le temps frappe doucement à notre porte et nous murmure :

Maintenant, je suis à toi. Qu’allons-nous faire ensemble ?
Voilà peut-être la véritable question de la retraite
Pour ma part, j’ai encore des projets plein la tête et quelques rêves au fond des poches.
Certains verront le jour ; d’autres, peut-être, demeureront à jamais de merveilleux châteaux bâtis dans les nuages.
Qu’importe ! Un rêve qui ne s’accomplit pas n’est pas nécessairement un rêve perdu.
Il nous aura fait marcher, espérer, imaginer.
Et tant que l’homme imagine demain, il demeure profondément vivant.
Écrire, composer des chansons, visionner des films…
Je veux donc écrire. Écrire encore et toujours. J’ai même quelque part dans mon esprit un livre qui attend patiemment que je lui ouvre la porte.
Je veux composer des chansons, marier les mots aux notes et confier à la musique quelques fragments de mon âme.

Et puis il y a le cinéma où les hommes projettent leurs rêves sur un grand rectangle de lumière.
Pourquoi ne pas créer un ciné-club ? Réunir des passionnés comme moi, revoir les chefs-d’œuvre, découvrir des films oubliés et en discuter.
Je veux encore entendre la clameur des foules dans les événements sportifs.
Je veux m’asseoir dans l’ombre d’un théâtre avant que le rideau ne se lève, écouter un concert lorsque la première note vient déchirer le silence, et continuer de m’émerveiller devant le talent des autres.
Surtout, je veux demeurer en contact avec le monde
Le regarder tourner. L’écouter respirer. M’en étonner encore.
Car vieillir ne devrait jamais signifier se retirer de la vie
Les années peuvent ralentir le pas, mais elles ne doivent point éteindre la curiosité.
Il existe toujours un livre que nous n’avons pas lu, une musique que nous n’avons pas entendue, un film que nous n’avons pas vu, une personne que nous n’avons pas rencontrée, une idée que nous n’avons pas encore comprise.
Au fond, vivre, c’est refuser de jeter l’ancre trop tôt
C’est accepter que l’existence nous transforme jusqu’au dernier chapitre.
C’est ouvrir les fenêtres lorsque d’autres voudraient déjà fermer les volets.
C’est avancer vers l’inconnu avec cette merveilleuse insolence de celui qui croit qu’il lui reste encore quelque chose à découvrir.
La retraite n’est donc pas l’automne de l’existence. Elle peut en être un second printemps
Et tant qu’il restera devant moi une page blanche, un rideau à lever, une chanson à entendre, un film à découvrir, un rêve à poursuivre ou simplement un horizon à contempler, je considérerai que la vie ne m’a pas encore dit son dernier mot.
Mon bénévolat du mardi matin
Tous les mardis matin, à l’Hôtel-Dieu-de-Saint-Hyacinthe, important centre public de soins de longue durée, je participe aux Courses partagées.
On pourrait croire qu’il ne s’agit que d’une promenade, de quelques pas ou de quelques roues parcourus ensemble.
Pourtant, derrière ce geste d’une apparente simplicité se cache quelque chose de beaucoup plus grand : une rencontre entre deux êtres humains.

Courses partagées Saint-Hyacinthe
Le but n’est pas de changer le monde. Il est simplement d’apporter un peu d’amour, de chaleur et de soleil dans le cœur de personnes pour qui les jours peuvent parfois sembler bien longs.
Car il existe des soleils qui ne brillent pas dans le ciel. Ils naissent d’un sourire offert, d’une main tendue, d’un regard échangé, d’une parole douce ou simplement d’une présence.
Et peut-être est-ce cela, au fond, la véritable richesse du bénévolat : donner un peu de son temps et découvrir que, mystérieusement, ce temps donné ne nous est jamais vraiment enlevé. Il revient autrement, dans un sourire, une émotion, un instant de bonheur partagé.
Tous les mardis matin, nous ne faisons donc pas seulement une course. Nous parcourons ensemble un petit bout de chemin dans cette grande aventure qu’est la vie.
Et parfois, quelques mètres parcourus côte à côte suffisent pour rapprocher deux cœurs.
Pour finir… avant de continuer…
La retraite n’est pas apprendre à s’arrêter. C’est enfin choisir où l’on veut aller
Je suis retraité du travail, certes.
Mais de la vie? Jamais







