L’intimité qui cimente le couple


Par Marie-Paule Dessaint, auteure, conférencière et biographe

Les relations qui révèlent de nous ce qu’il y a de plus positif sont celles qui, tout en nous bousculant dans nos habitudes et nos croyances, nous élèvent et nous grandissent. Catherine Bensaid et Jean-Yves Leloup



L’intimité, ce n’est pas que le rapport sexuel entre deux personnes. C’est aussi, et peut-être surtout, l’intérêt et l’ouverture que nous témoignons à nos semblables ou même notre relation avec la nature et les animaux. Voici quelques exemples :

  • Une maman regarde avec une tendresse infinie son bébé pendant la tétée.
  • Deux parfaits étrangers, assis à des tables différentes, dans un restaurant, échangent un sourire discret et complice pour partager leur exaspération d’avoir à supporter le volume exagéré de la conversation de leurs voisins de table.
  • Des collègues de travail se donnent une bonne et chaleureuse poignée de main ou une bise en arrivant le matin.
  • En plein hiver, pendant une randonnée, en haut d’une montagne, blotti l’un contre l’autre, un couple attend que la soupe chaude que monsieur est en train de faire chauffer sur un mini réchaud soit prête à consommer.

L’intimité cimente le couple
Plusieurs études ont montré que seulement un couple sur cinq vit une relation fondée sur une intimité véritable (elle varie de pauvre à passable chez les autres). Lorsqu’un couple se sépare après une dizaine d’années, c’est d’ailleurs bien souvent à cause d’un manque d’intimité, alors que, après six ou sept ans, il s’agit plutôt d’infidélité, de jalousie et de crises de colère.

Un article publié dans le magazine Châtelaine, il y a quelques années, faisait également état des recherches menées par un psychiatre de la Colombie-Britannique à propos du lien entre la dépression chez les femmes et le manque d’intimité avec leur conjoint. On pouvait y lire que la plupart des hommes ne s’intéressent pas à leurs confidences et n’aiment pas se livrer à elles. Ils associent plutôt l’intimité au confort qu’elles peuvent leur apporter, alors que, de leur côté, elles espèrent y trouver un sentiment de sécurité et d’appartenance.


Une arme de séduction
Dans un couple vieillissant, l’intimité soutient la vie sexuelle. À cet âge, il n’est plus question de performance, mais plutôt de tendresse partagée, de complicité et du plaisir de se retrouver dans les bras l’un de l’autre.

Les hommes sont généralement devenus beaucoup plus tendres et plus sensuels, plus attentifs aussi aux besoins de leur partenaire. Le couple est moins stressé par le travail et les horaires contraignants. Chacun peut prendre le temps de séduire l’autre, de le cajoler et de lui parler.

La séduction s’opère moins par l’esthétique du corps que par tout ce qui se lit dans le regard, les gestes et l’attitude : un sourire charmeur et désarmant, la joie de vivre, la confiance en soi et dans l’autre, l’enthousiasme et la liberté intérieure. Un bon sens de l’humour contribue aussi à stabiliser la relation en dédramatisant les situations difficiles, dont les pannes… intimes. Il réduit aussi le stress du quotidien et rend, bien évidemment, les partenaires plus attirants et plus charmants.
C’est tout cela aussi l’intimité.

Quelques facteurs de rapprochement et de longévité d’un couple

  • Éprouver tout simplement du bonheur à être ensemble et se trouver continuellement des raisons de vivre ce bien-être.
  • Ne pas se sentir obligé de réprimer sa spontanéité, sa créativité et surtout sa personnalité.
  • Éprouver de l’admiration et du respect l’un pour l’autre : valeurs, actions, jugements…
  • Trouver mille et un prétextes à jouer et à s’amuser ensemble, y compris lors des corvées du quotidien.
  • Accorder la priorité à la vie intime et sexuelle du couple, bien avant les autres intérêts et obligations.
  • Réagir de façon positive, empathique et constructive aux émotions difficiles de l’autre : colère, tristesse, jalousie.
  • Manifester régulièrement sa reconnaissance et sa gratitude.
  • Permettre à chacun de s’adonner à ses propres activités, en plus de celles du couple.

Toucher réduit les conflits sociaux

Dans un de ses articles de vulgarisation consacrés à l’intimité, Nicolas Guéguen, enseignant-chercheur en psychologie sociale, à l’Université de Bretagne-Sud a relaté quelques expériences plutôt étonnantes et révélatrices. Par exemple, des observateurs, assis à la terrasse de cafés de plusieurs pays ont noté le nombre de fois que des couples se touchaient en l’espace d’une heure. À San Juan (Puerto Rico), ils l’ont fait 180 fois, à Paris, 110 fois, à Gainesville (Floride), deux fois et à Londres, aucune! Ces chercheurs ont conclu que les Anglo-Saxons semblent réprimer (le mot est faible!) le toucher, tout au moins en public.

Ces chercheurs ont également établi un lien direct entre le toucher, l’agressivité et la violence. Par exemple, en comparant le comportement d’enfants et d’adolescents américains et français, dans une cour d’école, ils ont remarqué que les seconds, culturellement touchés davantage par leurs parents et par leurs pairs (et réciproquement) étaient beaucoup moins agressifs que les premiers. À partir de l’ensemble de ces études, et d’autres aussi, ils ont associé le climat de violence qui règne dans certains pays ou certaines régions, à la pauvreté des contacts physiques entre les personnes.

Embrasser protège aussi la santé

Pour finir ce sujet de l’intimité et le couple avec un sourire, sachez que le baiser partagé avec une autre personne, famille, amis et connaissances, augmente  la production de sérotonine, l’hormone du bien-être et de la bonne humeur, en plus de réduire bien des problèmes de santé, sanguins, digestifs, dentaires et allergiques. Quant au baiser langoureux entre amoureux, il augmente la capacité respiratoire, brûle davantage de calories, apaise et libère l’esprit, en plus d’améliorer les effets d’une thérapie. Que voilà donc encore une autre bien bonne médecine!

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