Nous perdons environ 40% de nos facultés intellectuelles entre 20 ans et 60 ans

Par  Marie-Paule Dessaint,  docteure en sciences de l’éducation, auteure, conférencière et biographe

Tout comme le corps, le cerveau s’use, se détériore et perd peu à peu ses capacités au fil des ans. L’un et l’autre deviennent moins souples, moins flexibles, moins réactifs et moins alertes. Le déclin de nos facultés intellectuelles au fil des années affecte en priorité la mémoire des noms propres et la mémoire épisodique (notre propre histoire) mais aussi nos fonctions cognitives supérieures. Bien que, parfois gênants, ces changements ne nous empêchent pas de vivre normalement et de conserver notre autonomie jusqu’à un âge avancé. À condition, bien sûr, de ne pas baisser les bras et d’agir.

Il est en effet possible de retarder ce processus en agissant très tôt au cours de notre vie par des exercices intellectuels réguliers, une bonne curiosité intellectuelle, des activités variées ainsi qu’une vie saine et équilibrée (sommeil, alimentation, réduction du stress, etc.)

Sur cette illustration qui représente le potentiel du développement cognitif au cours de la vie, les points, au centre de la courbe, montrent le déclin normal. Les flèches, ascendantes ou descendantes, montrent les effets positifs ou négatifs sur la cognition de certains facteurs biologiques, comportementaux et environnementaux. La ligne horizontale montre le seuil fonctionnel à partir duquel la cognition peut être compromise dans certains cas. (Droits d’auteur: Marie-Paule Dessaint, d’après C. Hertzog, A. F. Kramer et R. S. Wilson)

20 ans environ: la mémoire est au maximum de son efficacité, mais…

C’est à cette période de la vie que la mémoire est au maximum de son efficacité, notamment la capacité de se concentrer, ainsi que l’intelligence fluide : l’intelligence logique mathématique.

Par exemple, un jeune âgé de 15 ans, peut apprendre rapidement une poésie, même si l’environnement est bruyant, alors que ce sera plus difficile à 40 ans et, pire encore à 50 ans.

Mais, plus nous vieillissons, plus l’expérience de vie et les stratégies personnelles développées au fil des ans pour apprendre et se débrouiller en toutes circonstances, compensent ce qui est perdu de l’intelligence fluide. L’intelligence cristallisée prend peu à peu la relève.

C’est dans la vingtaine que s’amorce le déclin de la mémoire de travail, là où se font les opérations intellectuelles, par exemple, lire, écrire, planifier une action ou raisonner, à partir des informations puisées dans la mémoire à long terme. Par exemple, dès que la mémoire de travail faiblit, raisonner et planifier des actions devient plus difficile. Il en est ainsi de la créativité.

Aussi, environ 6 % des récepteurs du neurotransmetteur dopamine commencent à disparaître, chaque dizaine d’années. La dopamine contribue à la bonne circulation de l’information dans le cerveau, jouant ainsi un rôle important dans la capacité de se concentrer et d’être attentif. Elle est également impliquée dans l’entrain, la prise de décisions, la créativité, les fonctions motrices et le sommeil.

À partir de 30 ans: la capacité d’attention commence à baisser

Même si, à cet âge, les capacités de la mémoire sont à leur maximum, la capacité d’attention commence à baisser. Heureusement, des études ont montré qu’une personne qui s’adonne régulièrement à une activité physique à 36 ans en verra les effets positifs sur ses performances intellectuelles entre 7 et 15 ans plus tard. L’effet de l’exercice physique sur la santé cognitive est semblable, et parfois supérieur, à celui des exercices intellectuels.

À partir de 40 ans: il est difficile de se concentrer dans un environnement bruyant

À cette période de la vie, certaines personnes ont déjà des problèmes de mémoire objectifs (mesurables). Il leur est plus difficile, par exemple, de se concentrer dans un environnement bruyant. Les effets du vieillissement commencent à se faire sentir sur le nerf optique et sur la rétine. Pour la majorité des gens, la vue est l’organe le plus utilisé pour enregistrer des informations et apprendre. À 45 ans, environ 30 % des gens éprouvent des difficultés à se souvenir du nom des personnes qu’ils viennent de rencontrer.

50 ans: la moitié des cinquantenaires se plaignent de problèmes de mémoire

À partir de cet âge, ils sont en effet plus sensibles aux interférences, c’est-à-dire aux distractions telles que les sensations physiques (la chaleur, les douleurs), les pensées parasites (inquiétude, angoisse, colère) ou l’environnement lui-même (le bruit).

La mémoire épisodique devient moins efficace. La myélinisation continue jusqu’au milieu de la cinquantaine, mais de façon plus subtile. La myélinisation est la formation de la gaine de myéline qui entoure la plupart des neurones et des axones, pour les protéger, comme une gaine isolante, mais aussi pour faciliter la conduction des informations d’un neurone à l’autre.

Toutefois, l’entrainement intense et intensif (exercices intellectuels) qui engendre une activité importante des neurones peut encore stimuler la myélinisation au cours du vieillissement.

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