Travailler à la retraite. Nécessité ou accomplissement?

Par Marie-Paule Dessaint, Ph.D., auteure, conférencière et biographe

C’est très bien de parler d’activités de retraite pour être heureux, de bénévolat, de voyages, de sauvetage de la planète ou je ne sais trop quoi encore. Tout cela c’est pour les privilégiés qui peuvent se le permettre. On ne parle pas beaucoup des conditions de vie des gens qui vivent seuls, surtout des femmes qui ne touchent pas de pension. Je veux bien me réjouir à l’idée de prendre ma retraite, mais je ne le peux pas pour des raisons économiques. Si je ne veux pas que ma vie de retraitée soit misérable, je dois continuer à travailler. Maryse

Je fais souvent bondir certains participants à mes ateliers de préparation à la retraite qui n’aspirent qu’à se reposer, une fois le monde du travail organisé derrière eux.

Je dis toujours que pour franchir la transition en douceur, il est bon de travailler un peu, ne serait-ce que quelques jours par semaine, mais pas toute l’année et, dans la mesure du possible, avec moins de responsabilités qu’avant.

Un emploi passerelle?

Il peut s’agir, par exemple, d’un emploi passerelle, le temps de bien s’ancrer dans leur nouvelle vie et de déterminer leurs besoins et intérêts.

Mais rien ne les y oblige, bien évidemment, s’ils n’y trouvent pas d’avantages.

Des études ont d’ailleurs montré que près de la moitié des baby-boomers canadiens ne veulent pas travailler car ils arrivent à la retraite usés par une vie de dur labeur… Par la suite, une fois reposés, certains voudront retravailler.. un peu, pour rencontrer des gens, sortir de la maison, être à nouveau stimulés intellectuellement…

D’un autre côté, certains retraités sont carrément obligés de continuer à travailler, par nécessité financière.

En effet, diverses études dont j’ai mentionné la source exacte et les pourcentages dans mes livres Cap sur la retraite. 25 points de repère pour franchir les transitions et Quoi faire à la retraite: 8 secteurs d’activités, ont montré que plus de la moitié des gens qui veulent travailler à la retraite, le feront surtout par nécessité financière. 

Mais plusieurs entendent bien se garder du temps libre pour profiter de la compagnie de leurs proches, pour lire ou pour faire du sport.

Leur emploi de retraité devra donc être moins contraignant que le précédent.

Pourquoi les participants à mes ateliers de préparation à la retraite travailleront?

Voici les réponses que j’entends le plus souvent:

  – pour me gâter,

   – pour voyager,

   – pour aider mes enfants et mes petits-enfants,

   – pour me constituer un fonds de réserve en cas de maladie, afin de me faire soigner plus rapidement,

   – pour occuper mes journées parce que mon partenaire de vie est encore au travail,

  – pour éviter de se marcher sur les pieds, une fois à la retraite.

Certains ont l’impression que, s’ils restent chez eux à ne rien faire, leur entourage, notamment leurs enfants, leurs petits-enfants et même leur partenaire de vie, les estimera beaucoup moins.

Il y a aussi ceux qui veulent travailler:

   – pour continuer à se mettre à jour dans leur domaine d’expertise,

   – pour apprendre encore,

   – pour relever encore des défis,

   – pour mettre leurs connaissances et leurs compétences au service des autres,

   – pour se sentir utiles socialement,

   – pour conserver un certain statut social,

   – pour saisir l’occasion de faire émerger leur personnalité entreprenante qui a été plus ou moins brimée par leur employeur, 

   – pour actualiser leurs valeurs axées liées à la réalisation de soi, au confort et à la prospérité.

D’autres enfin ne parviennent tout simplement pas à décrocher du travail et de tout ce qui l’entoure.

Ils sont pris dans un grand tourbillon dont ils sortiront difficilement.

Et il y aussi, bien sûr, toutes ces personnes comme Maryse, qui a fait le témoignage plus haut, qui n’ont pas d’autre choix que de travailler, simplement pour… survivre.

Les médias, les «ténors du marketing des seniors» ne s’intéressent pas beaucoup à elles.