Le mitan: le temps des turbulences?

Par Marie-Paule Dessaint, Ph. D, auteure, conférencière et biographe

Extrait de Relire sa vie. 21 récits pour vous guiderp. 45-47

Le midi de la vie est l’instant du déploiement extrême, où l’homme est entier à son œuvre avec tout son pouvoir et tout son vouloir, mais c’est aussi l’instant où naît le crépuscule (Carl Gustav Jung)

Au milieu de l’existence, le mitan est cette longue traversée du cycle de la vie, un «entre-deux » qui s’étend sur une période d’environ 25 ans, soit entre 40 et 65 ans, entre la jeunesse (adolescence et jeune adulte) et le début de la vieillesse.

Bien des turbulences et bien des remises en question nous attendent. Un peu comme un homard qui perd sa carapace, nous sommes invités à nous délester de certains «boulets à nos pieds» pour devenir, SOI en mieux…

Comme le homard, nous devenons plus fragiles, le temps de nous… reconstruire.

 

Les quatre temps du mitan

Pour la majorité des gens, le mitan correspond à une période active sur les plans professionnel et social et, pour beaucoup, au temps de la construction d’une famille et de l’accompagnement des enfants jusqu’à leur vie de jeunes adultes. Le mitan se déroule approximativement en quatre temps :

O La transition vers le mitan, entre 40 ans et 45 ans.

O L’ entrée dans le mitan, entre 45 et 50 ans.

O Le cœur du mitan, entre 50 et 60 ans.

O La sortie du mitan, entre 60 et 65 ans.

O À partir de 65 ans, la « vieillesse» commence.

Ces âges chronologiques du mitan ne sont que des points de repère dans le grand cycle de vie d’une personne, et non des dates précises auxquelles les changements et les nouveaux comportements surviennent.

Les spécialistes ne s’entendent d’ailleurs pas exactement sur ces âges, à quelques années près, mais ils s’entendent toutefois sur ce qui s’y passe pour la plupart des gens, malgré leurs différences individuelles.

Le processus d’individuation s’enclenche

Le mitan est associé au processus d’individuation. 

Ce processus naturel nous pousse à nous libérer graduellement des attentes et des exigences de l’environnement social, familial, professionnel et parfois religieux afin de devenir « Soi, en mieux que le Moi seul », en nous libérant notamment de certains masques et en permettant à des caractéristiques de notre personnalité reléguées dans l’ombre de se faire reconnaître et « entendre ».

Comme chaque transition du grand cycle de la vie, le mitan apporte son lot de difficultés, de questionnements et de remises en question.

Il sera jalonné de hauts et de bas entre euphorie et déception et de turbulences, avant de retourner, dans la majorité des cas, au calme et à l’équilibre.

Comparativement aux autres transitions de la vie adulte, celle du mitan a cela de particulier qu’elle induit un désir irrépressible et urgent de renouveau.

Parfois cette transition appelle carrément une renaissance, tant sur le plan de l’identité (à l’intérieur de soi) que sur le mode de vie personnel et professionnel (à l’extérieur de soi).

Des défis psychologiques, sociaux et spirituels énormes

Le temps de remettre toute notre vie à niveau, au mitan, nous devenons plus fragiles et plus vulnérables et par conséquent susceptibles de nous retrouver au cœur de tempêtes, et même d’une véritable crise.

Pourtant, vu de l’extérieur, tout semble aller très bien pour la plupart des gens qui se trouvent au zénith de leur vie sur les plans de la carrière, du pouvoir personnel, des compétences et des relations.

Leur expérience professionnelle est reconnue et recherchée. Ils ont souvent fondé une famille et vivent une vie plutôt confortable.

Et pourtant…

Une grand remue-ménage

Les quadragénaires et les quinquagénaires commencent à réaliser que l’essentiel de leur vie est déjà derrière eux.

Ils réalisent aussi qu’ils ont consacré bien du temps et des énergies à bâtir une carrière et à fonder une une famille. Cette carrière s’est parfois bâtie au détriment de l’équilibre de leur vie. Ils ont fait bien des concessions et mis de côté bien des rêves et des pans entiers de leur personnalité.

Une vague d’insatisfaction les submerge souvent. Ils se sentent pris comme dans un étau tant les pressions et les responsabilités les assaillent de toutes parts. Ils sont parfois très fatigués, sans vraiment savoir quoi faire, ou ne plus faire, pour se sentir mieux.

Dans la foulée, ils prennent conscience de la fuite du temps, de l’amorce du déclin physique, de la fragilité de la vie, et même de la mort qui rôde à l’arrière-plan alors que des gens de leur entourage commencent à disparaître.

Ils ressentent le besoin de faire le point sur ce qu’ils sont devenus et ce qu’ils ont accompli.

Ces questionnements, ces remises en question et ce besoin de renouveau sont normaux, positifs, voire constructifs

Ils apportent d’ailleurs un vent de fraîcheur et de créativité dans la vie. Ils ouvrent la porte à un mieux-être, à une meilleure connaissance de soi et de ses besoins, et par conséquent aussi à un plus grand épanouissement.

Ils n’aboutissent pas forcément à une « crise du milieu de la vie », la CMV dont plusieurs auteurs parlent dans leurs ouvrages, même s’ils peuvent mettre la vie sens dessus dessous et rendre plus vulnérable pour quelque temps.

Une crise au milieu de la vie ?

Une crise réelle, psychologique et existentielle, peut toutefois s’enclencher si des événements douloureux et inattendus viennent amplifier ce branle-bas de combat intérieur. En voici quelques exemples :

O la perte de l’emploi ou du statut social,

O la découverte de l’infidélité du (ou de la) partenaire de vie,

O une séparation ou un divorce,

O la perte d’êtres chers: parents, conjoint, frères et sœurs, amis,

O le mode de vie des enfants qui ne correspond pas à nos attentes ou à nos valeurs,

O des problèmes de santé importants.

Le risque de crise s’accroît si ces événements se produisent simultanément ou dans un laps de temps assez court, ce qui arrive plus souvent après la quarantaine qu’aux étapes précédentes du cycle de vie.

L’intensité d’une crise dépend de plusieurs facteurs

L’Intensité de la crise du milieu de la vie dépend de plusieurs facteurs dont l’état d’esprit dans lequel la personne aborde tous ces événements, ainsi que l’état psychique dans lequel elle se trouve en arrivant au mitan.

Voici quelques exemples de facteurs qui peuvent exacerber cette crise:

O L’angoisse et les peurs…

O Les conflits majeurs

O La dépression

O Les problèmes de sommeil

O Les dépendances: alcool, nourriture, drogues…

O La solitude et l’isolement

O L’absence de personnes à qui se confier

O La résistance au changement

O Les problèmes financiers qui risquent d’amplifier la crise.

Mais tous ces facteurs ne sont pas la crise elle-même car on les  observe également à d’autres périodes du cycle de vie.

À suivre….

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