Écrire et relire sa vie avant d’en ouvrir un nouveau chapitre
Une entrevue de Marie-Paule Dessaint de 2014 (pour un site français) mise à jour octobre 2022
Marie-Paule Dessaint, coach de vie, vient de publier un livre au titre évocateur Relire sa vie. 21 récits pour vous guider. Dans cet ouvrage, l’auteure propose une nouvelle approche de l’écriture devant nous permettre de franchir avec moins d’appréhension les grandes étapes de la vie. En quoi consiste précisément cette méthode? De l’autre côté de l’Atlantique, Marie-Paule a accepté de répondre à mes questions
Bonjour Marie-Paule Dessaint, pourriez vous vous présenter en quelques lignes?
Je suis docteure en sciences de l’éducation et, à la suite d’une formation de deux ans en coaching de vie (développement personnel), je me suis perfectionnée dans les grandes transitions de vie, notamment celles de la «crise du milieu de la vie», de l’entrée dans la retraite, du vieillissement et par conséquent aussi des moyens de rajeunir sa mémoire après 50 ans.
Je donne des conférences et anime des ateliers un peu partout au Québec (et ailleurs aussi; parfois même en Europe) et je suis également l’auteure de plusieurs livres consacrés à la préparation à la retraite, sur les plans psychologique et social, à la mémoire, au sommeil et à la relecture de vie.

Relire sa vie. 21 récits pour vous guider
Vous avez dernièrement écrit un livre intitulé Relire sa vie, de quel sujet traite-t-il précisément ?
Ce livre traite du grand cycle de la vie adulte, à partir du seuil de la quarantaine, au moment où, pour la majorité des gens, commence le début de la «crise du milieu de la vie», jusqu’au grand âge, après 80 ans et à l’approche de la fin de la vie aussi
J’y explique comment franchir chaque étape en douceur, afin d’en profiter pleinement.
Pour illustrer mes propos, j’ai recueilli 21 récits de vie de personnes âgées entre 39 et 82 ans.
Ces récits étaient complets pour certains, mais fragmentaires pour d’autres (une situation particulière, par exemple, une séparation ou l’acceptation et la révélation de son homosexualité).
La théorie ainsi que les «rencontres» par écrit avec ces personnes, puis en coaching, m’ont permis de créer un outil (celui dont il est question dans cette entrevue) que j’utilise de plus en plus en coaching : la relecture, puis la réécriture de vie.
Vous proposez une démarche en trois étapes : écrire, relire et réécrire sa vie. En quoi consistent elles précisément?
Voici ces trois temps du travail de l’écriture de soi, tels que je les propose à mes clients et durant les ateliers d’écriture
1. Écrire sa vie
– Déposer sur papier, des faits, des émotions. Raconter sa vie.
2. Relire sa vie
– Chercher le sens, débusquer les blocages, sortir le problème de soi pour mieux l’analyser et le comprendre.
– Trouver des réponses.
3. Réécrire sa vie
– Déconstruire le passé négatif et le reconstruire en décrivant le moi idéal, la situation idéale.
– Élaborer des objectifs de changement et un plan d’action.
Pourquoi relire sa vie après l’avoir écrite? Quels bénéfices peut-on en tirer ?

Bien se concentrer pour retenir une information ou pour écrire le récit de sa vie; son autobiographie
On relit sa vie pour bien des raisons, par exemple:
– tenter de mieux analyser un moment particulier de crise ou de turbulence;
– réaliser un bilan (un examen de vie) afin de trouver le sens de ce que l’on a fait et vécu;
– mieux se connaître;
– se décharger d’un fardeau que l’on porte seul, depuis toujours;
– faire la paix avec soi;
– se pardonner certaines répercussions de nos actions sur notre entourage et, parfois aussi, sur notre propre vie.
En permettant d’évacuer ce qui est lourd à porter ou difficile à supporter, mais aussi de faire remonter à la surface le meilleur de ce que l’on a été et de ce que l’on a accompli, la relecture de vie apaise, explique, justifie, libère, réoriente et dirige Elle permet aussi de faire le deuil du passé et de l’intégrer avant de s’élancer dans une nouvelle étape. Elle apporte sérénité et confiance en soi.
Mais aussi pour faire un bilan de compétences…

Faire un bilan de compétences en entreprise…
Le récit de vie et la relecture de vie peuvent être également utilisés au moment de faire un bilan de compétences, ou encore, en entreprise, lorsque les équipes de travail éprouvent des difficultés.
L’accent est mis alors sur les forces, les bons coups et ce qui marche le mieux plutôt que sur les problèmes à résoudre.
On décrit ensuite la façon idéale dont on aimerait que les choses se passent, autant sur le plan personnel que celui du groupe. Et on passe à l’action.
Quelles différences entre autobiographie et relecture de vie?
La relecture est réalisée (écrite) pour soi et par soi, seulement, sans complaisance
On fait une relecture de sa vie avec un objectif particulier en tête, par exemple :
– trouver une réponse à ses problèmes;
– découvrir les blocages et résistances qui, depuis toujours, empêchent la personne de mener à terme ses projets et ses ambitions, de réaliser ses rêves les plus chers,
– découvrir ses façons habituelles de réagir aux événements et au changement;
– trouver aussi des réponses à des questions identitaires et existentielles;
– s’adapter à un deuil : être cher, santé, emploi, idéal…
En principe, l’autobiographie n’a pas de fonction thérapeutique
Elle est réalisée principalement pour être lue ou écoutée par les autres : famille, amis, collègues, etc. ou encore pour un vaste public si on est une personnalité publique.
Mais il arrive qu’une personne écrive ou fasse écrire sa biographie pour se justifier, pour réparer son ego blessé, pour remettre les pendules à l’heure, pour s’excuser de certaines de ses actions ou encore pour se libérer de moments difficiles de son passé (agression, viol, inceste, maladie grave, cancer, etc.).
Dans une certaine mesure, on peut dire qu’elle a un effet thérapeutique.
C’est dans ce cas que le récit de vie et la relecture de vie peuvent se rencontrer sur le même terrain.
L’autobiographie peut-elle être utilisée pour faire une relecture de sa vie ?
L’idéal est d’écrire un nouveau texte, spontanément, en lien avec la problématique du moment

La retraite est un bon moment pour faire le récit de sa vie (son autobiographie) afin de transmettre ce que l’on trouve important (valeurs, expériences de vie, etc.) à nos proches
Cependant, comme matière première à la relecture de vie, on peut également utiliser son autobiographie, mais aussi son journal intime, des correspondances échangées au fil des années et conservées, des photos.
Pour illustrer mon propos, je vous donne un exemple qui me concerne personnellement.
Au décès de mes parents, quand nous avons dû vider la maison où ils avaient vécu toute leur vie, j’ai retrouvé toutes les (très nombreuses) lettres, cartes postales, etc. échangées avec eux depuis que je vis loin d’eux, soit près de 40 ans. Ils avaient aussi conservé tous mes petits mots d’enfant, les petits dessins réalisés pour la fête des pères et des mères, des carnets de notes.
En relisant tout cela avec 40 ans de recul, j’ai appris énormément de choses sur moi : mes rêves et ambitions de jeunesse, mes valeurs, mes erreurs dans certains choix affectifs, mes choix de vie et même l’évolution de mon écriture. En plus, tout était daté et m’a permis de bien suivre le fil conducteur de ma vie. Passionnant.
Pour la première étape, y a-t-il une méthode à appliquer ou peut-on rédiger un texte spontanément, au fil de l’inspiration ?
Je préfère que la personne écrive spontanément, dans la mesure où elle ne perd pas de vue son objectif premier (ce qu’elle veut trouver et résoudre précisément)

J’écris pour vous et avec vous le récit de votre vie; votre autobiographie
J’invite d’ailleurs mes clients à répondre en tout premier lieu à des questions semblables à celles-ci.
– Qu’est-ce qui vous dérange le plus dans votre vie en ce moment ?
– Qu’est-ce qui se produit et se reproduit encore et encore et que vous aimeriez résoudre en priorité ?
– Qu’est-ce qui vous rend malheureux ?
– Qu’aimeriez vous changer ou améliorer en priorité?
Pour interpréter son récit lorsque l’on procède à la relecture, est-il nécessaire d’être accompagné par un coach ou un thérapeute?
Là encore, tout dépend de la personne et de ses besoins. Si elle se trouve dans une période de grande vulnérabilité (en déséquilibre psychologique), il vaut mieux qu’elle consulte un coach ou un thérapeute
– Dans de telles périodes, il est difficile de se concentrer sur des solutions.
– La personne a aussi tendance à se blâmer et à tout envisager de façon dramatique.
– Si elle n’a besoin que de prendre des décisions dans le changement, elle peut très bien faire ce travail de relecture seule.
– Il arrive d’ailleurs souvent qu’après avoir fait consciencieusement ce travail d’analyse et d’introspection elle ne ressente plus le besoin de consulter.
Avec le recul, les événements perdent de leur intensité. Ils sont dédramatisés

J’écris pour vous et avec vous le récit de votre vie (autobiographie)
Dans votre ouvrage, vous présentez 21 récits, 21 parcours. Dans quelles circonstances avez-vous recueilli ces différents témoignages ?
J’anime régulièrement des ateliers consacrés à la préparation à la retraite. Je voulais démontrer comment la crise du milieu de la vie non résolue ou mal résolue peut en entraîner une autre, plus difficile encore, au moment de l’entrée dans la retraite
Je voulais illustrer mes propos de témoignages de personnes dans la quarantaine et la soixantaine et publier un nouveau livre sur ce sujet.
– Les récits de vie que j’ai recueillis ont couvert pratiquement tout le cycle de la vie adulte, entre 39 ans et 82 ans.
– Ils étaient captivants et proches de ce que les spécialistes écrivent sur le sujet.
– Ces personnes, aux deux extrémités du cycle de la vie, ont montré à quel point elles avaient besoin de se livrer, de s’expliquer, de se faire entendre.
– Ces récits ont notamment montré clairement à quel point le fait d’escamoter ou d’ignorer le processus d’individuation au mitan de la vie, au début de la quarantaine, peut avoir des répercussions catastrophiques dans l’immédiat, ainsi qu’au moment de l’entrée dans la retraite, et plus tard, au cours du vieillissement.
Le processus d’individuation est ce désir (un besoin irrépressible) que nous ressentons tous de vivre davantage en fonction de nos propres besoins et valeurs, sans les masques que l’on portait jusque-là pour être prévisibles et ne pas faire de vagues
Ces 21 récits ont-ils influencé votre démarche ?
Oui, ils m’ont amenée à réorienter mes recherches.
Ils ont parfaitement illustré le contenu théorique de mon livre, mais j’ai aussi adapté mon contenu théorique à ces récits.
On peut parler de recherche-action.
Et cela m’a amenée à rapatrier dans mon travail de formation et d’accompagnment du changement les techniques que j’ai utilisées pour aider ces 21 personnes à rédiger, organiser et tirer parti de leur récit de vie.
Aujourd’hui possédez vous suffisamment de recul pour tirer des enseignements sur les apports de votre méthode ? Avez-vous dégagé des enjeux ou des caractéristiques précises en fonction des catégories d’âge?
Je n’ai pas énormément de recul puisque cela ne fait que trois ans que j’utilise cet outil de coach, parmi d’autres outils (en 2014, au moment de cette entrevue).
Je ne le propose d’ailleurs pas systématiquement. Aussi, les gens commencent à peine à le découvrir au fur et à mesure où j’en parle dans les articles de mon site web, dans les entrevues que je donne aux médias et lors des conférences que j’anime
Au total, je l’ai utilisé avec un peu plus d’une trentaine de personnes (j’inclus les 21 personnes de mon livre) (en 2014; davantage en 2022!)
Je peux dire que pas une seule n’a travaillé de la même façon, seule ou avec moi. Les besoins et les façons d’organiser leur pensée n’étaient pas les mêmes.
Il faut s’adapter, «danser» avec son client.
– Est-il prêt à aller plus loin que la simple description de sa vie ou d’un événement particulier de sa vie ?
– Comment veut-il procéder ? À quel rythme ?
– Qu’est-il prêt à dévoiler ?
– Qu’est-ce qui l’empêche de passer à l’étape de la relecture, et surtout de la réécriture de leur vie ? (Blocages ? Peurs d’avoir à sortir de sa zone de confort, de se découvrir?)
Quels conseils concrets pourriez vous donner aux lecteurs qui seraient tentés par cette expérience de relecture de leur vie ?
Dans un premier temps, se faire confiance et écrire soi-même le plus possible, même si on n’écrit pas bien
– Accepter de consacrer tout le temps, toutes les énergies nécessaires à sa relecture de vie car, en devenant son propre thérapeute, son propre analyste, son propre coach, tout au moins pour une bonne partie du travail, on prend sa vie en main et on ne demande pas à une autre personne de faire le travail à notre place.
– Les résultats seront meilleurs et plus durables.
Pour finir, voici citation que j’aime bien, mais dont je ne connais pas l’auteur
Quand tu écris l’histoire de ta vie, ne laisse personne prendre la plume à ta place
Pour moi, cela signifie que la personne que j’accompagne dans le récit de sa vie, et même si je fais totalement pour elle, doit participer et contribuer totalement à ce travail d’écriture, même si elle n’écrit pas suffisamment bien.
Alors, si vous souhaitez vous faire accompagner dans l’écriture de votre autobiographie, c’est par ici…
Écrire son histoire
Et voici quelques livres pour vous guider dans l’écriture et la relecture de votre vie et pour répondre à vos questionnements sur votre identité (Qui suis-je?)
Livres: crise du mitan, récits de vie, questions et tests
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